SEJOUR A SAINT-LOUIS DU 28 AU 30 JUIN 2024
ANNEXES
EXPOSE DU PROFESSEUR PAPA NDIAYE
L’exploitation du gaz dans le département de Saint-Louis coïncide avec les effets néfastes du changement climatique qui réduit la durée des up welling, c’est-à-dire la remontée des eaux marines qui favorise le développement du plancton et rend la côte maritime très poissonneuse. Mais cette situation très favorable à la pêche ne dure que quatre mois (décembre à mars). Ainsi après le passage du up welling , les pêcheurs guet ndariens n’ont que le site de reproduction et de pêche des poissons comme les thiofs, koths , les yaboys et les autres poissons pélagiques. Cette exploitation du gaz entre le Sénégal et la Mauritanie se situe exactement dans le site de reproduction des poissons et de pêche, elle va alors créer une crise sans précédent de la pêche dans le département de Saint-Louis.
Pour régler cette crise causée par l’exploitation du gaz, le Sénégal doit demander à la Mauritanie de participer au règlement de cette crise en recensant tous les pêcheurs de Guet Ndar et leur octroyer gratuitement des licences de pêche en Mauritanie.
Le Sénégal doit créer des aires marines protégées pour avoir de nouvelles zones de reproduction des poissons. Les pêcheurs et les transformatrices qui ne voudront pas aller en Mauritanie doivent être encadrés et formés dans de nouveaux métiers.
EXPOSE DU PROFESSEUR ALIOUNE KANE
L’ASUIRS a organisé une visite sur le site de la ville de Saint-Louis (fig.1), sur l’emplacement d’une ancienne lagune transformée en estuaire mais riche d’histoire. Après une présentation globale du site estuarien depuis l’entrée de la ville (évocation par Pr Bouba Diop de Ndialakhar,), une présentation sous forme de projection power point de l’environnement urbain a été faite en salle, suivie d’éléments explicatifs sur de nombreux sites notamment :
- Le port fluviomaritime pour observer les deux bras du fleuve et l’ïle de Ndar,
- Les quartiers de la Langue de Barbarie, Santhiaba, Gokhou Mbathie avec le phare bipolaire pour guider les pêcheurs
- L’Ile de Saint-Louis et l’histoire de l’aéropostale avec Jean Mermoz
- Le faubourg de Sor et ses quartiers menacés par l’inondation, l’usine des eaux de Khor et la digue périphérique qui assure leur protection
L’histoire de Saint-Louis s’inscrit dans le cadre général de la formation du Delta du fleuve Sénégal qui remonte à la période post-nouakchottienne qui correspond à une régression consécutive à une baisse du niveau marin. Pendant le quaternaire, la région a connu différentes phases de transgressions et de régressions qui ont été déterminantes dans sa formation et son évolution en raison des phénomènes d’oscillations climatiques qui ont affecté l’ensemble du golfe dont les effets ont été accentués par les mouvements tectoniques locaux.
Fig. Carte de situation de la ville de Saint-Louis
Les eaux de surface sont essentiellement constituées par le fleuve Sénégal, long de 1 790 km qui prend sa source en Guinée dans les lointains massifs du Fouta-Djalon et se jette dans l’océan Atlantique à Saint-Louis. Il draine un bassin versant de 340 000 km2 avec un débit moyen inter annuel ou module du fleuve avant l’érection du barrage de Diama de 640 m3/s à son embouchure, soit un volume total annuel de 22 milliards de m3. Les périodes de hautes eaux se situaient de juillet à novembre et les périodes d’étiage de mars à juin. Pendant les périodes de très grande sècheresse, la faiblesse du débit permettait parfois le franchissement du fleuve à gué.
Le sous-sol recèle de l’eau salée dans cette région proche du littoral, la nappe phréatique très minéralisée et affleurante, a une composition voisine de celle de l’eau de mer. Cela se traduit par des phénomènes de salinisation des terres qui les rendent improductives et freinent le développement d’activités agricoles.
Le barrage de Diama est construit en 1985 au plus proche de l’estuaire (27 km au nord de Saint-Louis) pour réguler les flux. C’est un barrage mobile qui s’ouvre en période de crue pour assurer l’écoulement normal du fleuve et se ferme en période d’étiage pour empêcher la remontée de la langue salée.
Forte sensibilité aux submersions fluviomarines
Le principal trait caractéristique de la ville est l’omniprésence de l’eau (fig.2) qui détermine sa sensibilité aux inondations. La conjugaison de facteurs économiques, démographiques et naturels fait de Saint-Louis une ville exposée.
Phénomène récurrent
La localisation des quartiers et leur niveau d’exposition aux inondations confirment l’importance de celles pluviales dans la ville d’extension. Les espaces en crise sont généralement localisés dans la périphérie et les zones de vasière confrontées à un préoccupant déficit d’assainissement. Les quartiers de l’Île sont concernés par les inondations fluviales mais le niveau de protection réduit les impacts alors que les quartiers de la Langue de barbarie plus exposés aux influences océaniques sont plutôt concernés par l’érosion côtière et par les submersions marines.
Les crues du delta du fleuve Sénégal ont marqué l’histoire de la ville de Saint-Louis. Plusieurs crues majeures ayant provoqué des inondations (photo 1) dans la cité coloniale étaient recensées au 19eme siècle (1827, 1841, 1843, 1854, 1855, 1858, 1866, 1871, 1890) et au 20eme siècle (1906, 1922, 1924, 1935, 1950, 1994, 1997, 1998, 1999).
Photo 1 : Inondations dans la ville de Saint-Louis
La ville de Saint-Louis est caractérisée par une basse topographie. Les zones basses représentent 53% dont 17% ont des altitudes situées entre -1 et 0 m et 36% émergent à peine au-dessus du niveau de la mer soit entre 0 et 3 m. Les pentes sont faibles et des valeurs comprises entre 0 et 9%. Dans le Faubourg de Sor, les pentes sont pratiquement nulles, entre 0 et 2%. L’agglomération est construite sur des terres alluviales et les évènements causés par la vulnérabilité de la ville aux changements climatiques menacent gravement son fonctionnement en termes d’infrastructure, habitation et développement économique et social.
Photo 2 : Inondation en 2003
La ville de Saint-Louis est sous l’influence directe de l’océan atlantique sur sa frange maritime et surtout du fleuve Sénégal avec lequel elle est reliée par le canal de délestage creusé en 2003 (photo 3), devenu par la suite la nouvelle embouchure avec l’ensablement et la fermeture progressive de l’ancienne embouchure située en aval de Gandiol.
Photo 3 : Le canal de délestage sur la Langue de Barbarie
L’érosion côtière est l’un des principaux problèmes environnementaux auxquels est confronté le littoral de la zone de l’Afrique de l’Ouest notamment la frange maritime du delta du fleuve Sénégal sur la Langue de Barbarie (photo 4).
Sous l’effet de l’érosion hydrique la Langue de Barbarie, d’une part a connu par le passé des ruptures naturelles de façon cyclique et d’autre part, est soumise en permanence à un phénomène de recul du trait de côte. Plusieurs ruptures sont connues entre 1900 et 1981, six d’entre elles seulement sont importantes (en durée et en dimension) de telle sorte qu’une périodicité de 14 ans est établie pour évoquer l’instabilité de la Langue. La vitesse de recul du rivage serait de l’ordre de 1,6 à 2 m par an, corroborant les renseignements obtenus auprès des vieux pêcheurs de Guet-Ndar pour qui, il y a 50 ans, la mer qui est aujourd’hui à moins de 100 m des habitations, se trouvait au moins à 1 km de Guet-Ndar. L’exigüité de l’espace séparant la mer des zones habitées traduit une tendance à l’érosion du rivage par la mer qui grignote de plus en plus l’espace occupé, notamment la plage et les aires de débarquement, mettant en péril l’habitat, le matériel et les infrastructures de pêche.
Photo 4 : La Langue de Barbarie
Dans ce contexte, St-Louis est aussi sans conteste une des villes les plus exposée aux risques liés au changement climatique. La gestion des risques côtiers est particulièrement importante à Saint Louis, ville amphibie bâtie sur l’eau et entourée par l’eau, où une bonne partie de l’agglomération est construite sur des terres alluviales, à seulement 3,5 mètres maximum au-dessus du niveau de la mer et où la disparition prochaine, sous l’action de la mer, de la Langue de Barbarie menace avec des conséquences délétères les dynamiques économiques, écologiques, et physiques perturbant profondément le cadre de vie des populations. Les menaces qui pèsent sur la Langue de Barbarie sont réelles et le quartier de Guet-Ndar court un grand risque de disparition si les processus d’érosion du rivage ne sont pas stoppés au niveau de la Langue de Barbarie
Le petit du fleuve est désormais reconverti en « parking » pour les pirogues de la pêche artisanale
Photos 5 : Le petit bras du fleuve Sénégal
En fait, la sécurisation du quartier des pêcheurs de Guet-Ndar contre l’avancée de la mer doit logiquement figurer parmi les actions à inscrire au programme d’aménagement de Saint-Louis. La ville de St-Louis présente d’énormes potentialités en relation avec le barrage de Diama situé à 27 km et la maîtrise de l’eau, une opportunité pour développer la résilience urbaine et la redynamisation de l’économie du territoire, notamment les pêcheries, les découvertes en hydrocarbures (gisement GTA : Grande Tortue Arhmeyin).